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Douleur au genou en montant les escaliers : que faire ?

Pourquoi le genou fait mal dans les escaliers. Syndrome fémoro-patellaire, arthrose, tendinopathie : causes et exercices.

Par Pango

Pourquoi les escaliers sont un test pour vos genoux

Les escaliers sont l'un des gestes les plus exigeants pour l'articulation du genou. En montant, la force de compression sur la rotule atteint trois à quatre fois votre poids de corps. En descendant, elle peut grimper jusqu'à six fois. Pour comparaison, la marche sur terrain plat ne dépasse pas une fois et demie votre poids.

Ces chiffres expliquent pourquoi le genou qui semblait aller bien en marchant se réveille soudainement dans les escaliers. Les marches amplifient les contraintes mécaniques sur la rotule, le cartilage, les tendons et les ligaments. Si l'une de ces structures est fragilisée, les escaliers deviennent le premier signal d'alerte.

Ce guide examine les causes les plus fréquentes de douleur au genou dans les escaliers, comment les distinguer et quels exercices pratiquer pour retrouver des montées et des descentes sans appréhension.

Le syndrome fémoro-patellaire : la cause numéro un

Le syndrome fémoro-patellaire (SFP) est la première cause de douleur antérieure du genou chez les adultes actifs. La rotule (patella) glisse dans une gouttière osseuse à l'avant du fémur. Ce mouvement doit être précis, bien centré. Quand la rotule déraille, même légèrement, les forces de friction augmentent et la douleur apparaît.

La douleur du SFP est typiquement ressentie autour ou derrière la rotule. Elle s'aggrave à la montée et à la descente des escaliers, en position assise prolongée (le fameux signe du cinéma), à l'accroupissement et à la course. Des craquements ou des grincements accompagnent parfois le mouvement, bien qu'ils ne soient pas toujours synonymes de gravité.

Les causes du mauvais tracking de la rotule sont multiples : faiblesse du vaste médial du quadriceps, tension excessive du fascia lata (bande ilio-tibiale), pronation du pied, faiblesse des rotateurs de hanche, ou simplement une surcharge d'entraînement trop rapide.

le SFP répond très bien à la rééducation. Le renforcement ciblé du quadriceps, des fessiers et le travail de contrôle du genou dans les activités fonctionnelles donnent des résultats durables dans 80 à 90 % des cas.

L'arthrose fémoro-patellaire

L'arthrose du compartiment fémoro-patellaire touche le cartilage situé entre la rotule et le fémur. Elle est fréquente après 50 ans, mais peut apparaître plus tôt chez les personnes ayant eu des blessures au genou ou chez les sportifs soumis à des charges répétées sur les genoux.

La douleur ressemble à celle du SFP, mais elle s'accompagne souvent d'une raideur matinale, d'un gonflement léger et d'une sensation de grippage au démarrage du mouvement. Les craquements sont plus marqués et peuvent être audibles.

Contrairement à une idée reçue, l'arthrose ne signifie pas l'arrêt du mouvement. Au contraire. L'exercice est le traitement de première intention recommandé par toutes les sociétés savantes en rhumatologie et en médecine sportive. Le cartilage se nourrit par la mise en charge. Rester immobile l'affaiblit. La clé est de doser la charge : suffisamment pour stimuler le cartilage, pas trop pour l'irriter.

Les exercices en charge partielle (vélo, piscine, presse à cuisses à angle réduit) permettent de renforcer le quadriceps sans surcharger la rotule. L'amplitude est progressivement augmentée au fil des semaines.

La tendinopathie rotulienne

Le tendon rotulien relie la rotule au tibia. Il transmet la force du quadriceps pour étendre le genou. Quand il est surchargé, il développe une tendinopathie : une douleur localisée juste sous la rotule, exactement à la pointe inférieure de celle-ci.

Cette pathologie est fréquente chez les sportifs pratiquant des activités avec sauts et réceptions (basketball, volleyball, course à pied, ski). Mais elle touche aussi les personnes sédentaires qui reprennent une activité physique trop vite ou qui montent beaucoup d'escaliers quotidiennement.

La douleur de la tendinopathie rotulienne est très localisable. Vous pouvez la pointer du doigt. Elle s'aggrave à la montée des escaliers, aux squats profonds et au saut. Elle diminue paradoxalement à l'échauffement pour revenir après l'effort.

Le traitement de référence est le programme de renforcement excentrique : des exercices où le muscle travaille en s'allongeant, stimulant la restructuration du tendon. Le squat décliné (talons surélevés) est l'exercice phare. La progression est lente, sur 12 semaines minimum, mais les résultats sont solides.

La plica synoviale irritée

La plica est un repli de la membrane synoviale à l'intérieur du genou. Elle est présente chez environ la moitié de la population, le plus souvent sans causer de problème. Mais quand elle est irritée par des mouvements répétitifs ou un traumatisme direct, elle peut s'épaissir et se coincer entre la rotule et le fémur.

La douleur se situe sur le côté interne de la rotule. Elle s'aggrave dans les escaliers, en position assise prolongée et à l'accroupissement. Un claquement ou un accrochage peut être ressenti lors de la flexion-extension du genou.

Le traitement est conservateur dans la plupart des cas : repos relatif, glace, anti-inflammatoires et étirements du quadriceps. Si la douleur persiste malgré plusieurs semaines de traitement, une arthroscopie peut être envisagée pour retirer la plica symptomatique.

La chondromalacie patellaire

La chondromalacie désigne un ramollissement et une dégradation du cartilage sous la rotule. Elle est considérée par certains comme un stade précoce de l'arthrose fémoro-patellaire, par d'autres comme une entité distincte.

Les grades vont de I (ramollissement) à IV (érosion complète avec exposition de l'os sous-chondral). La douleur ne corrèle pas toujours avec le grade : certains patients avec une chondromalacie de grade III ont peu de douleur, tandis que d'autres avec un grade I sont très symptomatiques.

La prise en charge rejoint celle du SFP : renforcement du quadriceps avec progression des charges, travail de la proprioception, gestion des activités pour éviter la surcharge. L'imagerie (IRM) est utile pour le diagnostic, mais ne doit pas dicter seule la conduite à tenir. L'examen clinique et les symptômes guident le traitement.

Comment distinguer ces causes ?

Localiser précisément la douleur aide à orienter le diagnostic :

  • Douleur diffuse autour de la rotule : syndrome fémoro-patellaire ou arthrose
  • Douleur ponctuelle sous la rotule : tendinopathie rotulienne
  • Douleur sur le côté interne de la rotule : plica synoviale
  • Douleur profonde derrière la rotule : chondromalacie

Le comportement de la douleur fournit aussi des indices. La tendinopathie s'améliore à l'échauffement. Le SFP empire en position assise prolongée. L'arthrose est pire au démarrage et s'améliore avec un mouvement doux.

Un kinésithérapeute ou un médecin du sport peut poser un diagnostic précis par l'examen clinique. L'imagerie n'est pas toujours nécessaire d'emblée, sauf en cas de blocage, de gonflement important ou de traumatisme récent.

Le rôle de la hanche et du pied dans la douleur du genou

Le genou est pris en sandwich entre deux articulations : la hanche au-dessus, la cheville en dessous. Un problème à l'un de ces étages peut provoquer ou aggraver une douleur au genou.

Une faiblesse des rotateurs externes de hanche (moyen fessier) permet au fémur de tourner en interne lors de la montée d'escaliers. La rotule se retrouve alors en position de stress, décentrée vers l'extérieur. Renforcer le moyen fessier est souvent aussi efficace que travailler le quadriceps pour traiter la douleur rotulienne.

Au niveau du pied, une pronation excessive (affaissement de la voûte plantaire) entraîne une rotation interne du tibia qui a le même effet sur la rotule. Des exercices de renforcement de la voûte plantaire (court fléchisseur des orteils) ou des semelles orthopédiques peuvent corriger cette contribution.

C'est pourquoi un programme de rééducation pour le genou doit toujours inclure un examen et un travail de la chaîne cinétique complète, de la hanche au pied.

Programme d'exercices pour les douleurs de genou dans les escaliers

Phase 1 : Réduire la douleur (semaines 1 à 2)

Contraction isométrique du quadriceps : assis, jambe tendue sur un tabouret, placez un petit coussin sous le genou. Appuyez le genou sur le coussin pour contracter le quadriceps. Maintenez 10 secondes. Faites 10 répétitions, 3 fois par jour. Cet exercice renforce sans mouvement, ce qui est bien toléré même quand la douleur est vive.

Élévation de jambe tendue : couché sur le dos, une jambe pliée, l'autre tendue. Levez la jambe tendue de 20 centimètres et maintenez 5 secondes. Faites 15 répétitions sur 3 séries.

Pont fessier : couché sur le dos, pieds à plat, poussez les hanches vers le plafond en serrant les fessiers. Maintenez 5 secondes. Faites 12 répétitions sur 3 séries.

Phase 2 : Renforcement progressif (semaines 3 à 6)

Squat mural : dos contre un mur, descendez jusqu'à ce que les cuisses soient à 45 degrés (pas 90 si la douleur le limite). Maintenez 15 à 30 secondes. Faites 5 répétitions.

Step-up sur marche basse : montez sur une marche de 10 à 15 centimètres en contrôlant le mouvement. Descendez lentement. Faites 10 répétitions par jambe sur 3 séries. Augmentez la hauteur de la marche progressivement.

Fentes arrière : faites un pas en arrière et descendez le genou vers le sol. Cette variante met moins de stress sur la rotule que la fente avant. Faites 10 répétitions par jambe sur 3 séries.

Abduction de hanche avec élastique : debout, élastique autour des chevilles, faites un pas latéral. Gardez les pieds parallèles. Faites 15 pas dans chaque direction sur 3 séries.

Phase 3 : Retour fonctionnel (semaines 7 à 12)

Step-up sur marche standard : montez sur une marche de hauteur standard (environ 20 centimètres). Contrôlez la descente en freinant sur la jambe d'appui. Faites 12 répétitions par jambe sur 3 séries.

Squat bulgare : pied arrière surélevé sur un banc, descendez en contrôlant le genou avant. Faites 8 à 10 répétitions par jambe sur 3 séries. Ajoutez du poids quand l'exercice devient facile.

Descente d'escaliers contrôlée : descendez les escaliers en posant un pied après l'autre (pas alternés), en freinant le mouvement. Répétez un étage, puis deux, puis votre trajet quotidien complet.

Exercices proprioceptifs : station unipodale sur sol instable (coussin), yeux ouverts puis fermés. Maintenez 30 secondes par jambe. Faites 3 séries.

Erreurs fréquentes à éviter

Arrêter tout mouvement. Le repos complet est rarement la bonne stratégie pour les douleurs rotuliennes. Le genou a besoin de mouvement et de charge pour guérir. L'objectif est de trouver le bon dosage, pas l'immobilité.

Forcer dans la douleur. Il y a une différence entre un inconfort acceptable (2 à 3 sur 10) et une douleur vive (7 à 10). L'inconfort léger pendant l'exercice est acceptable si la douleur ne s'aggrave pas dans les 24 heures qui suivent. Une douleur qui augmente le lendemain signifie que vous avez trop chargé.

Négliger la hanche. Traiter le genou sans renforcer les fessiers, c'est traiter le symptôme sans corriger la cause mécanique. Un genou bien aligné grâce à des fessiers forts est un genou qui souffre moins.

Descendre les escaliers en se laissant tomber. Chaque marche est une occasion de freiner le mouvement et de renforcer le quadriceps excentriquement. Posez le pied doucement. Contrôlez la descente. Ce frein actif protège la rotule et entraîne vos muscles.

Ce qu'il faut retenir

La douleur au genou dans les escaliers est fréquente et traitable. Le syndrome fémoro-patellaire en est la cause la plus courante, suivi de l'arthrose, de la tendinopathie rotulienne et d'autres pathologies rotuliennes. Le renforcement progressif du quadriceps et des fessiers, combiné à un travail de contrôle du mouvement, résout la majorité des cas en quelques semaines à quelques mois. Ne négligez pas la hanche et le pied dans votre rééducation. Consultez si la douleur persiste, s'accompagne de gonflement ou de blocage. Un programme structuré comme celui de Pango peut vous accompagner étape par étape, en adaptant la progression à votre douleur et à vos capacités.

Ce programme contient les exercices de cet article

Programme structuré en 4 phases, adapté à votre douleur. 15 min/jour pendant 8 semaines.